J'aimerais que vous n'ayez pas de réserve à prononcer le nom de mon enfant disparu, à me parler d'elle. Elle a vécu. Elle est importante encore pour moi. J'ai besoin d'entendre son prénom et de parler d'elle. Alors, ne détournez pas la conversation. Si je suis émue, que des larmes inondent mon visage quand vous évoquez son souvenir, soyez sûrs que ce n'est pas parce que vous m'avez blessée, c'est sa disparition qui me fait pleurer. Elle me manque. Merci à vous qui m'avez permis de pleurer ! Car chaque fois mon coeur guérit un peu plus.
J'aimerais que vous essayiez de ne pas oublier mon enfant, de ne pas en effacer le souvenir chez vous en éliminant sa photo, ses dessins ou autres cadeaux qu'elle vous avait faits. Pour moi, ce serait la faire mourir une seconde fois.
Etre un parent en deuil n'est pas contagieux, ne vous éloignez pas de moi. J'aimerais que vous sachiez que la perte d'un enfant est différente de toutes les autres pertes : c'est la pire des tragédies. Ne la comparez pas à la perte d'un parent, d'un conjoint, d'un animal.
Ne comptez pas que dans un an, deux ans, dix ans, je serai guérie. Je ne serai jamais ex-mère de mon enfant. J'apprendrai à survivre à sa mort et à revivre malgré son absence. J'aurai des hauts et des bas.
Ne croyez pas trop vite que mon deuil est fini. J'espère que vous admettrez mes réactions physiques dans le deuil. Peut-être vais-je prendre ou perdre du poids, dormir comme une marmotte ou devenir insomniaque... Le deuil rend vulnérable.
Sachez aussi que tout ce que je fais et que vous trouvez un peu fou est normal pour moi, pour l'instant.
Pendant un deuil, la dépression, la colère, la culpabilité, la frustration, le désespoir, l'isolement, l'agressivité et la remise en question des croyances et des valeurs fondamentales sont des étapes du deuil d'un enfant. Essayez de m'accepter dans l'état où je suis momentanément, sans vous froisser


