Je me suis efforcé tant bien que mal, de revenir vers vous de me rapprocher de toi sébastien
tu était présent le jour où ta s½ur Laura s'est noyée. l'agrippant par la main pour la retenir...
Je n'ose même pas imaginer ce tu as ressenti quand Laura a disparu sous tes yeux.
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Il ne m'en parle pas souvent, mais je sais que ça lui fait mal au plus profond de son être. Comment savoir précisément ce qu'il ressent ? Si je lui pose des questions, j'ai peur de rouvrir l'intolérable blessure. Alors, pour le moment, j'attends qu'il vienne vers moi pour en parler. Je ne le force pas.
Je me sens impuissante, déconcertée, perdue dans un fracas d'interrogations. J'erre d'une question à l'autre, vague d'une idée à l'autre. Son silence me pèse. Mes pensées oscillent en réflexions contradictoires. Jusqu'à quel degré souffre-t-il ? A-t-il toujours cette image sous les yeux ? Ou, au contraire, son esprit a-t-il « occulté » la vision de ce drame ? Il est des cris muets plus violents qu'un séisme. L'incertitude où me jette son mutisme me ronge d'inquiétude.
A d'autres moments, il m'arrive de penser que ça lui est égal, que pour lui la vie continue. Oui, bien sûr elle continue ! Alors, je trouve admirable la façon dont il gère la disparition de sa s½ur. Ces gestes, ses attitudes, ses paroles... Tout semble se parer d'une certaine désinvolture... Tout au moins en apparence... Je crois que je me réfugie dans cette rassurance. Cela m'apaise, un instant durant Je ne le juge pas, c'est juste que je ne sais pas. Donne-t-il simplement le change, plus ou moins consciemment, pour me protéger, pour ne pas m'accabler davantage ? Je ne voudrais pas qu'il dissimule son chagrin à cause de moi, se disant que déverser son coeur ferait plus de mal encore. Il est vrai qu'il m'a tant vue pleurer !
C'est plutôt moi qui interprète ses actes, me disant : « c'est normal ! ». Mais que lui dire, que lui demander ? Comment fait-il face à cette tragédie ? Comment aller au-devant de lui ? Il est vrai que si je lui parle de Laura, il ne détourne pas la conversation. Toutefois, je me retiens, je réprime mon envie et mon besoin d'aller plus loin. En parle-t-il avec son père ?... Je suis dans une brume opaque. Aucune réponse n'affleure, aucune conviction ne me persuade. Quand parviendrons-nous à abattre les remparts du silence, les murailles des non-dits, pour enfin nous libérer et nous étreindre dans un amour sans épines ?
Je ne veux pas qu'il se sente délaissé. Je ne veux pas qu'en ses profondeurs, il soit inanimé, comme sa s½ur en d'autres profondeurs. Combien ces difficultés m'apparaissent complexes et insolubles !
Que pense-t-il, à l'aube de son adolescence ? Quelles pensées son caractère, à la tournure purement concrète, forge-t-il sur les grandes questions existentielles ? A-t-il commencé à réfléchir sur le sens de la vie ? Se pose-t-il des questions sur la mort ?... Je me fais du souci. Je crains qu'il ne se renferme sur la mort de sa s½ur, . Est-il en attente de réponses ? Et si oui, quelles réponses attend-il ? A-t-il vraiment accepté qu'il ne verra plus Laura, tant qu'il sera ici-bas ? Le poids de son silence est écrasant. Tant de questions foisonnent dans ma tête que je ne sais même pas si je pourrai répondre aux siennes.
Absence... Silence... Jusques à quand, mon Dieu, jusques à quand ?