Je souffre de son absence et, dans son absence, du silence qui l'environne. J'ai peur que l'on oublie Laura. Je pense que beaucoup de parents endeuillés ressentent la même chose. La mort d'un enfant est l'expérience la plus terrible qui soit. C'est une épreuve sur laquelle j'ai du mal à mettre des mots, elle est trop cruelle. Elle transperce et lacère la chair de part en part. Elle atteint la chair de notre chair. Elle va à l'encontre de l'ordre logique et chronologique du temps et des générations : « c'était à moi de partir avant !». Epreuve qui tient de l'absurde ! Elle défie les lois ordinaires de la raison. Elle isole, tisse haut les fils barbelés de l'exil. J'ai le sentiment que je ne pourrai jamais la partager avec d'autres, même avec ceux qui me sont proches. Et ces autres, de leur côté, n'osent pas m'en parler. La mort fait si peur... Surtout celle d'un enfant...
La mort de l'enfant reste un tabou très fort. Il conduit à l'isolement. Elle laisse hébété, effondré, incrédule, révolté ; on n'est plus qu'une plaie qui saigne en permanence... La vie se mue en un fardeau écrasant que l'on doit porter et supporter chaque jour. C'est le sentiment d'impuissance face à l'irréversible qui est, à mon sens, le plus pénible.
Ce qui subsiste de moi est écartelé. Savoir, tout en refusant de l'admettre, que je ne verrai plus Laura, que je ne l'entendrai plus, que je ne la toucherai plus...
Savoir qu'il a suffi d'un instant ; que si..., rien ne serait arrivé, qu'elle serait là, près de moi... Douleur intolérable !
Et pourtant, il a bien suffi d'un seul minuscule instant pour que tout bascule, d'une seconde en trop ou en moins, pour que tout chavire. Bonheur englouti dans les flots impétueux de l'irrationnel.
Bonheur auquel on ne prêtait pas une attention particulière, puisqu'il était là ! Force de l'habitude. Terrible de s'habituer au bonheur ! S'habitue-t-on au malheur ? Cette souffrance-là, c'est dans mon ventre qu'elle cogne le plus fort !

